Luc Thibal : " L'encordement n'est pas une option "
En 2024, le nombre d'accidents d'alpinisme recensé par le SNOSM avait connu une augmentation notable. Les données 2025 de l'organisme seront rendues publiques dans quelques semaines, mais déjà plusieurs médias et organismes se sont alarmés des premiers décomptes. Luc Thibal, le directeur technique de la FFCAM, réagit sur ces chiffres et lance un appel à respecter les bases essentielles de l'alpinisme : en montagne, on s'encorde.

FFCAM : À la fin de l'été dernier, plusieurs médias (Outside, le Quotidien…) s'étaient inquiétés de l'accidentologie en montagne. Quel est votre ressenti ?
Luc Thibal : C'est un soulagement de savoir que le nombre d'accidents en montagne n'a pas explosé cette année, malgré la fréquentation en hausse et les conditions météorologiques difficiles. Cependant, je garde le sentiment que de nombreux accidents en montagne pourraient être évités si toutes les règles de progression en haute montagne étaient respectées. Je constate, via les réseaux sociaux, les observations sur le terrain et les remontées d'accidents que nous avons, une tendance actuelle à moins s'encorder en montagne. Nous notons aussi que même au sein d'un même groupe, l'usage de la corde n'est pas adopté de la même façon : certains vont s'encorder, d'autres vont poursuivre en solo, ce qui est totalement illogique.
FFCAM : Cette tendance à ne pas s'encorder sur des passages pourtant exposés, là où les règles de sécurité en montagne sont sans équivoques, serait dû à quoi selon vous ?
L.T. : Tout d'abord, il y a des pratiques dans lesquelles le non-encordement, malgré l'exposition avérée du site, est malheureusement devenu un usage, comme en via ferrata ou en ski de randonnée. Or dans certaines situations, un défaut de clipage, un décrochage, entraînent des accidents dramatiques, que la corde aurait pu éviter. On peut aussi supposer que la tendance à moins s'encorder sur les pratiques hivernales, en ski de randonnée ou en couloir, se sont transférées sur les pratiques estivales.
L'inexpérience et le manque de connaissance ont également un impact. Certains pratiquants sont équipés de corde, mais ils ne l'utilisent pas comme il faudrait ou même pas du tout. Enfin, l'image de l'alpinisme solo véhiculée sur les réseaux sociaux ou croisée en montagne donnent un mauvais exemple. Elle imprègne les pratiques par capillarité et déforme l'évaluation du risque en situation. En quelques mots, le solo entraine le solo.
FFCAM : L'attrait observé pour la montagne, notamment à travers les réseaux sociaux, a-t-il pu amplifier ces comportements à risque ?
L. T. : Effectivement, ce manque de formation est notamment lié au nouvel engouement pour les sports de montagne que nous observons depuis quelques années et qui a généré une vague de nouveaux pratiquants. Comme nous évoluons dans une société assez aseptisée, ces pratiquants n'ont pas toujours une juste perception du risque. Ils vont de plus avoir tendance à recourir de façon aveugle aux applications ou aux informations présentes en ligne, sans jugement critique, et peuvent ainsi se retrouver dans des situations périlleuses. L'information en ligne, même vérifiée et de bonne qualité, ne peut pas se substituer à une vraie formation, délivrée par des personnes habilitées, et dont les compétences acquises ont été validées.
FFCAM : La FFCAM s'apprête ainsi à lancer une campagne de sensibilisation aux règles de sécurité en montagne ? Quel est son message ?
L. T. : L'encordement est obligatoire pour tous en sortie collective à partir du moment où la chute peut entrainer une blessure. Mais encore faut-il être en mesure d'évaluer le risque en montagne. Parmi les pratiquants qui l'évaluent correctement, on note aussi des défauts d'encordement : ils ne savent pas comment organiser collectivement l'encordement pour évoluer en sécurité dans une situation spécifique et abandonnent cette option. Ces comportements ont un point commun : le manque de formation. Il existe différents modes de progression en cordée et on peut passer de l'une à l'autre pour s'adapter au terrain : la corde tendue, les petites longueurs, les longueurs… Dans toutes les situations exposées en montagne, l'encordement n'est pas une option.
FFCAM : Comment faire alors pour que cette règle d'or soit strictement appliquée ?
L. T. : Il faut à tout prix rendre cette pratique marginale pour qu'elle cesse d'infuser en montagne. On ne mettra pas un gendarme derrière chaque alpiniste… il faut donc informer, justifier et démontrer la nécessité de l'encordement en montagne pour que les pratiquants n'aient plus de doute sur ce point. Il faut ensuite avoir un arsenal de formations possibles à leur proposer**.
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