Club alpin de Casablanca : un club alpin français bien marocain
Publié le 25 août 2026
Parmi les clubs affiliés FFCAM, deux clubs sont au Maroc. Anachronisme historique ? Relique du protectorat ? Soft power à la française ? Rien de tout cela. Juste l'empreinte d'une association centenaire, reconnue d'utilité publique par l'État marocain, qui a su devenir un acteur majeur du sport et du développement local.

La FFCAM est représentée par plus de 400 clubs, dont deux… au Maroc : le Club alpin français de Casablanca, le Club alpin français de Rabat et sa section à Tanger. « Club alpin français, c'est bien notre nom ! », confirme Chantal Aounil, présidente du club alpin de Casablanca. « Il fait partie de notre identité et de notre histoire, ce nom raconte nos valeurs de partage, d'intégration et notre passion pour la montagne. » Avec plus de 150 printemps au compteur, l'association du Club alpin français, devenue en 2004 Fédération française des clubs alpins et de montagne, a en effet traversé les époques et les frontières, s'engouffrant dans les enjeux de la montagne du moment : avant le développement du ski et les premiers jeux olympiques d'hiver, l'exploration scientifique et bien sûr la conquête des sommets des Alpes et du globe... Ainsi en 1922, 10 ans après la mise en place du protectorat français au Maroc, des passionnés d'alpinisme français créent la section du Haut-Atlas à Marrakech pour explorer la chaîne de montagnes. Ces pionniers gravissent l'année suivante le plus haut sommet du Maroc, le Jebel Toubkal (4 167m). « Cette montagne sans difficulté notable avait probablement déjà été gravie par les Berbères », nuance un encadrant du club. « Ils avaient d'ailleurs déjà nommé le sommet Tugg Akal, ce qui signifie « celle qui regarde d'en haut la terre », et qui a donné « Toubkal » par déformation. Mais cette ascension est l'acte fondateur du club alpin français au Maroc, elle lance sa dynamique d'exploration et de développement de la pratique de la montagne au Maroc. C'est dans cet héritage que naît, en 1946, le Club alpin français de Casablanca.»
Parallèlement au développement des sections du club, le réseau des refuges du CAF au Maroc voit le jour : le chalet d'Oukaïmeden en 1936 (qui préfigurera la célèbre station de ski), le refuge Tazaghart (3 030 m, dit "refuge de Lépiney" en hommage au grimpeur français Jacques de Lépiney*) et, antérieurement le refuge du Toubkal agrandi en 1999, véritable phare au pied du géant du Haut-Atlas avec pour camp de base le village d'Imlil.
En 1956, lorsque l'indépendance du Maroc est proclamée, rien ne change pour les clubs alpins français installés dans le pays : « Nos structures étaient complètement intégrées à la société marocaine et au fonctionnement intérieur du Maroc », explique Chantal Aounil. Le club alpin français est ainsi régi par le Dahir du 15 novembre 1958, la loi réglementant le droit d'association au Maroc. Depuis 2005, il est même reconnu d'utilité publique par l'État marocain. « Rester affilié au club alpin français était logique : cela a permis aux clubs marocains de continuer à bénéficier d'un savoir-faire, d'un cadre, d'une assurance et, plus largement, de poursuivre le développement de leurs activités et de la montagne marocaine. »

Si le club de Casablanca était surtout fréquenté par les expatriés, son assiette de licenciés s'élargit petit à petit à toutes les couches de la population. Entre 1970 et 1987, la restauration et l'agrandissement du Chalet d'Oukaïmeden permettent d'ouvrir encore la vie du club : « Il est devenu un véritable centre dédié à la découverte de la montagne. Des équipes de moniteurs et de bénévoles y développent les premiers cours de ski, les classes de neige, les classes découvertes et de nombreuses formations abordables », note Chantal Aounil. « Et ce pour tous : contrairement à d'autres associations, le club alpin est ouvert à tout le monde », témoigne un membre du club. « Auparavant, de nombreux clubs étaient réservés à une élite. Le club alpin français de Casa est le seul qui m'a ouvert ses portes dans les années 1990. » L'adhésion pouvait, et peut encore, représenter une somme importante pour un salaire marocain. « Nous en sommes conscients et c'est pourquoi le club offre des facilités de paiement et des gratuités à certains profils. ». Le club, qui dispose de son propre mur d'escalade, prête aussi tout le matériel nécessaire, « magnésie comprise ! », en plus de fournir un accès gratuit à ses adhérents. « Ne nous voilons pas la face, comme en France, les activités de montagne ne sont pas des sports populaires. » « Mais selon nos valeurs, nous faisons tout pour les partager au plus grand nombre », ajoute Chantal Aounil. « À commencer par nous faire connaître : notre situation historique, à côté du lycée français, nous apportait mécaniquement des personnes de ce milieu, mais depuis plusieurs années, nous communiquons mieux pour être identifiés à l'extérieur du secteur et nouons des partenariats avec d'autres associations pour sensibiliser d'autres publics ».

Acteur du développement
Si le club a acquis un mur d'escalade (grâce à des donations), permettant de proposer quatre créneaux d'entraînement par semaine et de former une large part de ses adhérents à l'activité, l'escalade en SAE est loin de constituer le cœur de ses activités. « Tous les week-ends nous sortons en falaise, mais aussi en randonnées, randonnée alpine, canyon ». D'autres activités sont proposées selon la saison. « Nous organisons aussi des évènements fédérateurs, comme l'Oukatrail, qui brassent les publics et montrent la montagne sous un autre jour », décrit l'encadrant interrogé. « Notre club s'est construit sur l'idée d'une montagne à explorer et à démocratiser. Il est ainsi naturel pour nous d'aller hors des sentiers battus, dans des vallées peu fréquentées, voire oubliées », poursuit Chantal Aounil. Cette disposition instinctive a fait du club alpin un acteur du développement touristique des territoires de montagne, permettant aux populations locales d'élargir leur activité, auparavant seulement tournée vers la culture et l'élevage. Les enjeux de la montagne marocaine sont encore conséquents savent les pratiquants du club. « Je me souviens d'une famille chez qui nous venions régulièrement dormir car elle se trouvait près d'un site de spéléologie prometteur », raconte un pratiquant. « Aujourd'hui, elle possède un gîte et grâce aux revenus générés, a pu laisser ses filles à l'école. Elles vont passer le bac. »

« Ce nom incarne un héritage partagé »
Aujourd'hui, l'association compte plus de 450 adhérents de 12 nationalités différentes, avec une très large majorité de membres marocains. Il y a quelques années, lors d'une consultation interne portant sur un éventuel changement de nom pour retirer l'adjectif « français », la réponse des adhérents a été sans appel : conserver cette identité. « Ce nom incarne un héritage partagé, une éthique de montagne et une histoire commune dont le club est fier », comprend Chantal Aounil.
Cet ancrage et ces valeurs prennent une résonance toute particulière cette année : créé en 1946, le Club Alpin Français de Casablanca fête en effet ses 80 ans d'existence. « Ce cap témoigne de la vitalité d'un club qui a su se renouveler pour traverser les époques », observe sa présidente. Entre transmission aux plus jeunes, développement de nouvelles disciplines et projets solidaires, le Club Alpin Français de Casablanca aborde une nouvelle décennie avec la même ferveur qu'à ses débuts : « Faire de la montagne un espace d'émancipation, de fraternité et de dépassement pour toutes et tous ».
Pour en savoir plus sur le club alpin de Casablanca.
*Membre du Club alpin, Jacques de Lépiney a cofondé le Groupe de Haute Montagne (GHM) en 1919. Affectionnant le Maroc, il a notamment exploré et ouvert de nombreux itinéraires dans le Haut-Atlas.




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