Répétition en libre de la Directe de l'Amitié par Louna Ladevant et Mathieu Maynadier
Du 6 au 9 avril, Louna Ladevant et Mathieu Maynadier ont réussi en libre la Directe de l'Amitié, en face nord des Jorasses. Ouverte en 1974, cette voie mythique n'a été libérée que l'année dernière.

Ce projet trottait dans la tête des frères Ladevant et de Mathieu Maynadier depuis des années : libérer cette voie extrême, parfois déversant, tracée dans la face nord des Grandes Jorasses. Une paroi totalement ignorée du soleil l'hiver, à peine dorée par ses rayons le reste de l'année. Ce pari audacieux nommé la Directe de l'Amitié avait été lancé par Yannick Seigneur, Louis Audoubert, Michel Feuillerade et Marc Galy en 1974. Depuis son ouverture, de nombreux alpinistes s'y sont cassé les dents… avant que Virgile Devin (membre de l'équipe de France d'escalade sur glace, Esteban Daligault, membre du GEAN et Simon Martinet, guide de haute montagne ne remportent la mise l'automne dernier. Cette réalisation n'a pas demotivé la cordée Ladevant-Maynadier: « Pour ma première voie en face nord des Grandes Jorasses, je tenais à commencer par la plus difficile, la Directe de l'Amitié », explique Louna.

La cordée a dû attendre la fin de la saison de compétition d'escalade sur glace, sur laquelle Louna et Tristan avaient d'importants objectifs, avant d'y aller. Ils se lanceront au petit matin du 6 avril, malheureusement sans Tristan, blessé lors de l'avant-dernière étape de la Coupe du monde d'escalade sur glace. « Les longueurs sont presque toutes difficiles et exigeantes. Il y a une longueur extrêmement déversante dans la partie supérieure, trés dure physiquement et techniquement. Celle-ci nécessite de grimper avec les chaussons d'escalade et les mains, en plus des piolets, par des températures avoisinant les -5°C. C'est très rare dans une face d'une telle ampleur où habituellement tout se fait avec les grosses chaussures d'alpinisme », explique Louna Ladevant.
Au bout de trois jours d'une escalade exigeante avec des températures négatives, Louna et Mathieu ont atteint le sommet. Ils redescendront en vallée le 9 avril, après un dernier bivouac au sommet.
Pas de hasard
« Cette réalisation est remarquable pour la cordée et en particulier Louna, après la saison de glace qu'il vient de boucler et avec toutes les exigences en termes d'entraînement, de concentration et d'énergie que lui demande le sport de haut niveau », témoigne Sébastien Ratel, qui a suivi l'équipe de France. Alpiniste de haut niveau et guide de haute montagne, il connaît bien cette voie pour avoir tenté de la libérer avec Léo Billon et Benjamin Védrines en janvier 2022. « Nous avions enchaîné toutes les longueurs, sauf la plus déversante, très impressionnante. Ce n'est pas commun d'avoir des passages aussi déversants à protéger et à grimper en dry tooling. »
Pour lui et la Direction technique de la Fédération, le fait que dans les deux cordées ayant libéré la voie se trouvait à chaque fois un grimpeur de l'équipe de France d'escalade sur glace n'est pas un hasard : « Cela montre que ces deux disciplines, l'alpinisme et l'escalade sur glace en compétition, sont très liées et s'enrichissent mutuellement. Si l'escalade sur glace découle de l'alpinisme, on constate que l'alpinisme se nourrit aussi de cette pratique en compétition. Les techniques développées pour grimper sur les structures artificielles, souvent déversantes, peuvent être reproduites en milieu naturel, et permettent de grimper en libre des sections jusque là réservées à l'artif. »
Avec cette ouverture vers de nouvelles difficultés, l'alpinisme de haut niveau réserve encore probablement beaucoup d'autres exploits à vivre.
Photos de Louna Ladevant et Mathieu Maynadier








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